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[08/04/2842] Just you and me against the world - Rigel

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Orion
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MessageSujet: [08/04/2842] Just you and me against the world - Rigel Sam 8 Juil - 0:57

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Lorsqu’Orion était chez lui et qu’il n’avait pas grand-chose à faire, il ne pouvait s’empêcher de partir voir ce qu’il avait perdu : la tombe de son enfant qui n’avait même pas pu vivre. Cet enfant qu’il avait perdu des années plus tôt. Il se souvenait encore de la scène comme si c’était hier, ça l’avait marqué au plus profond de son être… Alkaia frappait à sa porte alors qu’il allait dormir après une journée chargée, elle saignait de l’utérus, c’était une fausse couche… Elle était à peine à quelques mois de grossesse, et ça n’avait pas pris, les Dieux avaient décidé que cet enfant ne viendrait pas au monde. Alors, après l’expulsion du fœtus, ils avaient été l’enterrer, comme s’il avait été réellement vivant, dans le plus grand des secrets.

Par la suite, il avait connu une véritable crise de démence, il avait craqué, impossible pour lui de parvenir à se calmer avant un long moment. Alkaia en avait fait les frais, et aussi Rigel, si jeune à l’époque, qui avait assisté à quelques instants de ça, avant qu’il ne se fasse renvoyer dans sa chambre par son amante. Orion lui en avait été reconnaissant, d’ailleurs, il refusait que son enfant soit le témoin de ces pires espèces de transes, il n’avait d’ailleurs jamais été présent à ces moments-là, heureusement.

En marchant, alors que cette journée était encore à son zénith, Orion vit du coin de l’œil qu’il était suivi. Il comprit très vite que c’était Rigel. Forcément… Cela faisait des années qu’Orion venait ici, et il n’avait jamais réellement expliqué à son fils ce qu’il venait y faire. Généralement, il y faisait une halte en passant, quand il allait chasser, ou cueillir des plantes, mais là, c’était venu comme une envie de dormir, il en avait besoin. Et puis… C’était peut-être l’occasion de parler de tout ça, au bout de sept ans, il serait temps. Sept ans… Les années passaient à une vitesse qui le rendait parfois atteint de vertige. Et puis… Il allait attendre que Rigel fasse son apparition de lui-même.

Il arriva alors au lieu de l’inhumation. Comment savoir que c’était là ? Aucun moyen de le deviner, qu’un être était enterré là, non, pas de signes, de bois particulier… Juste un buisson, qu’Orion entretenait afin qu’il ne disparaisse pas. Un point de repère, le seul, étant donné que la terre avait pu se tasser depuis, faisant partir la terre retournée du fameux soir. Il savait tout ce qu’il y avait dans cette tombe… Le fœtus, soigneusement enrobé d’un tissu, accompagné d’un couteau, pour se défendre lorsqu’il traversera le temps, contre les mauvais esprits, des mèches de cheveux de ses deux parents, et surtout… Un prénom. Il l’avait nommé Telep, comme ce meilleur ami disparu alors qu’il était tout jeune môme, quand il avait été enlevé par ces vendeurs de chair humaine, d’enfants.

C’était dans ces moments qu’il regrettait que les années soient passées sans qu’Alkaia n’ait pu remettre au monde un autre enfant. Il aurait tant désiré un nouveau fils… Pas pour remplacer Rigel, ni Telep. Mais bien un fils, un bien portant, qu’il aurait pu élever avec elle. N’y voyez pas la preuve d’un amour pour son amante, non, il y était attaché, mais pas à ce point. Il savait simplement que c’était une femme fiable, une gona hors pair, et surtout une personne qui saurait inculquer des valeurs et de la force à son descendant. Et il avait appris avec Rigel, il pouvait désormais faire mieux encore.

Agenouillé devant ce buisson, il baissa la tête, laissant ses cheveux longs lui chatouiller le nez. La pluie commençait à tomber, légère en ce temps, reflétant un peu son humeur en ce moment. Il ne pouvait pas s’empêcher d’être triste, quand bien même cela faisait des années. Puis, après quelques secondes de recueillement, il parla, sans tourner la tête :

« Rigel, je sais que tu es là. Viens, nous allons parler un peu. »


Il leva le bras, pour ensuite le poser sur les épaules de son fils. Il aimait le prendre dans ses bras, le serrer contre lui. C’était sa façon de lui dire qu’il l’aimait, même si parfois ça ne se voyait pas vraiment. En même temps, Orion était un père et un professeur strict, droit, qui ne laissait pas la place à l’erreur. Car à la chasse comme en soin, l’erreur pouvait être fatale, pour lui ou le patient. L’erreur n’avait pas sa place dans ce monde, et il espérait l’avoir fait comprendre à son enfant, qui devra se débrouiller seul une fois que le père ne sera plus là pour ça.

« Tu es bien curieux, de m’avoir suivi jusqu’ici… »


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Rigel


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MessageSujet: Re: [08/04/2842] Just you and me against the world - Rigel Ven 14 Juil - 11:46

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Just you and me against the world

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Rigel & Orion

Il est parfois dur de comprendre la vie, elle qui est si complexe et si énigmatique. Elle nous met très souvent à rude épreuve sans que l’on en discerne vraiment la cause et, très souvent, les choses arrivent avec beaucoup d’injustice.  La mort, par exemple. Elle est un obstacle, une lourde épreuve à surmonter dans la vie, même pour les plus fort d’entre eux. Perdre un ami, un fils, un père, une mère ou une sœur n’est jamais facile. Qui à dit que cela devait l’être ? Qui a dit que le destin devait être clément avec le monde ?

Je n’ai jamais vraiment été comme tout les autres petits garçons et petites filles d’Azgeda, Papa me l’a d’ailleurs bien souvent fait remarqué. Mais pour être tout à fait honnête avec vous comme avec moi, ça ne m’a jamais vraiment dérangé plus que ça. J’aimais assez l’idée d’être différent des autres et j’étais loin d’avoir peur de cette différence. Peut-être était-ce une maturité ou une intelligence un peu trop prononcés qui me faisait penser ainsi, mais en tout cas, le plus important résidait dans le fait que Papa semblait tout de même m’aimer, malgré cette faiblesse –- comme il se plaisait à l’appeler, qui faisait partie de moi. Et cet amour, évidemment, je le lui rendais bien –- ce qui est toujours le cas.

Lui et moi, on a toujours été très proche, le fait que ma mère soit morte quelques mois après ma naissance joue peut-être là dessus étant donné que je n’ai jamais pu profiter d’un amour maternel, mais je n’en n’ai jamais souffert, Papa me donnant bien assez d’amour pour mille, au moins. Une complicité indéfinissable nous lie, il ferait absolument tout pour moi, je le sais, je le lis dans ses yeux quand il me regarde même si, chaque fois que je plonge mes iris dans les siens, j’ai peur d’y lire de la déception car je ne serais pas le fils qu’il aurait toujours voulu avoir. Le fils qu’il voudrait que je sois. Après tout, je suis plus intelligent que la moyenne, je ne suis pas un chasseur, pas un tueur, pas un guerrier.. Je suis juste un pauvre Fisa qui a peur de devoir se battre un jour.

Se rend-il compte à quel point j’ai peur de le décevoir ?


————


C’était une journée grise, de lourds nuages s’étaient installés dans le ciel, laissant présager une journée bien noire, comme si elle annonçait quelque chose de triste. J’étais assis à ma fenêtre, songeant à diverses choses tandis que diverses images venait se frayer un chemin à l’intérieur de mon esprit. Ne sachant même pas pourquoi, je songeais soudain qu’il serait bon si je pouvais avoir un frère ou une sœur pour accompagner mes journées. Peut-être pourrais-je lui apprendre ce que je sais déjà et peut-être même pourrais-je trouver le courage nécessaire pour apprendre à me battre au cas où cet enfant se trouverait un jour en danger. Mon coeur se remplierait d'une joie intense si je pouvais avoir un compagnon qui aurait mon sang. Pour lui, je serais sûrement prêt à tout, tout comme Papa l'est pour moi.

Ces songes en tête, j’aperçus alors une silhouette bien familière sortir de la maison ; Papa. En général, quand il sortait, c’était pour se rendre à Polis ou dans d’autres clans afin d’enseigner, de guérir ou de vendre et quand il sortait, il me demandait de l’accompagner ou s’il ne le faisait pas, me prévenait au moins. Mais régulièrement, il sortait, sans prévenir et revenait peu de temps après, et moi, évidemment je ne posais pas de questions, sait-on jamais ce qu’il pourrait me dire. Bien que je sois d’une nature assez curieuse, jamais je n’avais suivit papa dans ses expéditions mais aujourd’hui… Aujourd’hui quelque chose était différent.

Dans un geste rapide, je pris donc la décision un peu bête de suivre mon père, curieux de savoir où il se rendait et ce qu’il allait y faire. Bien sûr, je n’étais pas très discret et il m’avait déjà remarqué mais ça, je n’en avais pas vraiment conscience, du moins pas pour l’instant. Je me croyais fort, invisible, discret. Une fois que Père s’arrêta, mes sourcils se froncèrent inconsciemment, je n’arrivais pas à comprendre pourquoi il se trouvait là, pour il avait cet air triste collé sur son faciès ni pourquoi il était agenouillé. J’attendais qu’il fasse quelque chose ou même que quelqu’un le rejoigne, sait-on jamais mais rien. Il restait agenouillé là, sous la fine pluie qui commençait à se déverser sur nous devant mon air d’incompréhension.

« Rigel, je sais que tu es là. Viens, nous allons parler un peu. »

Je sursautais en entendant sa voix grave. Comment avait-il su ? Le coeur battant, je finis pourtant par le rejoindre, m’attendant à me faire fâcher pour l’avoir suivit. Étonnamment, il n’en fit rien, au contraire, il m’accorda une étreinte dont je profitais. J’aimais ces moments où il me serrait dans ses bras, je me sentais alors plus fort et aimé.

« Tu es bien curieux, de m’avoir suivi jusqu’ici… »

Je baissais la tête une demie-seconde, quand même légèrement honteux d’avoir osé le suivre jusque ici mais finalement, je relevais la tête vers lui, le regardant droit dans les yeux.

« Excuse moi, Père, je ne voulais pas t’importuner. J’étais juste… Je voulais juste… Désolé. »

J’avais soufflé ce dernier désolé parce qu’en fait, je n’avais aucun raison pour l’avoir suivit jusque ici. Seule la curiosité m’avais poussé à venir là et ça, Père le savait très bien. Si là je venais de l’appeler « père », il m’arrivait aussi de l’appeler « papa », évidemment. Tout dépendait de notre humeur à tout les deux et pour l’instant, ma seule peur était celle de faire un faux pas, ce qui n’était pas envisageable. Regardant le buisson ou mon père était agenouillé quelques secondes plus tôt, je finis par prendre mon courage à deux mains et lui poser la question.

« Pourquoi es-tu venu jusque ici ? »

Une simple question, qui, même si je ne le savais pas, était lourde de conséquences…

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Orion
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MessageSujet: Re: [08/04/2842] Just you and me against the world - Rigel Dim 16 Juil - 5:40



Father and son
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Orion avait entendu les pas de son fils derrière lui. Peut être était-il vieux, peut être même état-il déjà fatigué par la vie, alors qu'il allait avoir bientôt la quarantaine, mais ses oreilles avaient été épargnées par le temps. Après tout, elles étaient les meilleures alliés du chasseur qui traquait sa proie. Et il avait une très bonne formation de chasseur... Puis, ce n'était pas son fils qui allait le surprendre. Autant il aimait son fils, très fort, autant il était capable de reconnaitre à l'oreille sa façon de marcher de très loin. Et de toute façon il n'allait pas lui reprocher de l'avoir fait, la curiosité pouvait autant être une qualité qu'un défaut. Alors, lorsque Rigel commença à s'excuser, Orion le fit s'arrêter d'un claquement de langue autoritaire. Un Azgeda ne s'excusait pas, qu'il soit en tort ou en son bon droit. Surtout pas pour une faute aussi petite. Et de toute façon, il n'était pas venu le temps où Orion ne parviendrait pas à pardonner une faute à son enfant.

La relation qui les liait était certainement assez étrange dans ce clan où les enfants étaient élevés pour être de bons soldats de la Reine Nia, ou de bons chasseurs, de bons fisa... Certainement pas pour être de bons enfants. Orion n'avait pas vu les choses comme ça, pas seulement. Rigel était sa chair, son sang, et il avait souhaité le protéger des horreurs de la vie, de ces évènements qui durcissent les natifs. Qui l'avaient durci lui. Peut-être avait-ce été une erreur, de le couver ainsi, de lui offrir cet amour si rare dans ce monde, mais Orion s'en moquait. Il s'en moquait parce que c'était son fils et il pouvait bien faire ce qu'il voulait, ayant supprimé la seule personne qui pouvait avoir voix au chapitre.

Il avait tué la mère de Rigel, peu après la naissance de leur fils, car il s'était rendu compte qu'elle n'était pas digne d'être mère, de porter ce bébé qui n'attendait que de grandir. Il l'avait donc aidée à quitter ce monde. Et il avait pu assister à chaque petit pas, à chaque babillement, à chaque moment de joie et de peine de son Rigel, de façon exclusive, il avait appris sur le tas, et s'en était bien sorti, faisant de son gamin un fisa d'excellence, peut être même meilleur que lui. C'était sa grande fierté, Rigel pouvait cesser d'avoir peur de le décevoir, car sur ce point, nulle crainte n'était admise. Il arrivait parfois à ce vieux papa gâteux de sourire en le voyant officier. Fierté, joie, quand tu nous tenais...

Mais la suite sera nettement moins joyeuse, il fallait l'avouer, car Rigel avait posé la question qu'il fallait pour démarrer ce qui allait être une grande discussion, entre père et fils. Une discussion qui avait bien trop tardé à venir, et qui allait avoir de grandes conséquences. Orion devait parler de Telep à Rigel. Mais avant... Il devait lui parler de son enfance, de ses origines.

"Avant de t'expliquer ce que je fais ici... Je devrais te parler un peu de mon enfance. Tu as certainement dû en entendre des bruits, par ci par là... Et je pense qu'il est temps d'arrêter les mystères."


Dans Ockefell, certains se souvenaient encore de la disparition d'un an de celui qui allait devenir leur fisa, durant son enfance. Les paris allaient bon train sur ce qui était arrivé, mais la réalité était toute autre. Certains imaginaient une fugue, d'autre qu'il avait été esclave à Boudalankru par exemple. C'était amusant pour Orion d'entendre ces rumeurs ridicules, mais ça l'était moins quand il devait subir ces crises de paniques, ces cris dans sa tête, qui le rendaient fou parfois, le plongeant dans des transes pouvant être violentes. Son fils avait été témoin de certaines d'entre elles, bien qu'Orion ait toujours tenté de l'éloigner de celles-ci.

Néanmoins, il se lança dans son histoire. Il expliqua son enlèvement, par ce camelotien. Puis par l'horreur, avec son meilleur ami, de vivre dans une cage durant plusieurs mois à voir des hommes vendre d'autres enfants, à des cannibales. Enfin, la mort de Telep, découpé en morceaux devant lui. L'incendie, qui avait donné ces cicatrices sur son épaules, son pied. Il raconta tout cela à son fils, qui ne connaissait pas la vérité. Il raconta aussi sa colère d'avoir été remplacé par ce bébé nommé Sirius, cet oncle que Rigel ne voyait plus vraiment depuis quelques années. Cette colère pouvait expliquer cette indifférence crasse qu'Orion avait opposée à son petit frère, le peu de cas qu'il faisait de lui. Et aussi pourquoi il préférait largement Roan, son meilleur ami, son frère de sang.

Après avoir fini son histoire, il regarda son fils, attendant une réaction, afin de voir s'il avait tout bien compris.


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Rigel


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MessageSujet: Re: [08/04/2842] Just you and me against the world - Rigel Mar 18 Juil - 21:24

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Je faisais apparemment tout de travers, aujourd’hui et je m’en voulais pour cela. Non seulement je n’avais pas été capable d’être discret en suivant Père étant donné qu’il m’avait sûrement découvert en moins de temps qu’il n’en fallait pour le dire mais en plus, je m’excusais, chose qui semblait inadmissible aux yeux de mon paternel, si j’en croyais l’expression qu’il abordait ainsi que sa manière de claquer la langue, comme pour me rappeler à l’ordre. Depuis quand les Azgedas s’excusaient-ils ? Nous ne le faisions pas en général. Tout simplement parce que nous étions censés être des brutes sanguinaires, des Hommes violents et sans pitié. Nous étions des Itharo, des buveurs de sang. Mais j’étais loin d’être comme ça et Père en était plus que conscient lui qui, depuis ma plus tendre enfance, m’avait toujours couvert et protégé de tout de son mieux — ce dont je ne me plaignais pas, au contraire. J’avais eu une enfance à la fois banale et agréable, douce et disciplinaire et celle-ci m’avait parfaitement convenu bien que je ne sois pas sûr que la Reine Nia aurait été du même avis si elle s’était intéressée à mon éducation, moi qui était loin d’égaler tout ses guerriers les plus redoutables.

En voyant le visage de Papa, je me retint de lâcher un sourire. Je connaissais tellement bien mon père que je pouvais parfois prédire la moindre de ses réactions, ou de ses paroles et en l’occurrence, j’étais heureux de voir qu’il ne m’en voulait pas pour ma curiosité poussée ainsi que ces excuses à la noix. Après tout, il faut dire qu’il me pardonnait toujours tout, la moindre de mes petites erreurs, la moindre chute, la moindre faiblesse ; tout. Là encore se trouvait ma chance, la chance d’avoir été élevé par un père comme Orion qui me couvrait plutôt que par une brute sanguinaire qui m’aurait sûrement tué à cause de mes trop nombreuses faiblesses.

Un long silence s’en suivit après que j’ai posé la question fatale à mon père, un silence qui ne présageait rien de vraiment bon. Je connaissais ces silences, ces regards et ces situations, je les avais bien nombre de fois connus dans mon enfance ; j’étais donc à peu près sûr que nous allions avoir une discussion père fils, ce que j’avais d’ailleurs du mal à comprendre. Certes, j’aimais beaucoup ces moments que je passais avec lui pendant lesquelles notre complicité et notre amour père / fils se dégageait plus qu’à l’accoutumée mais pourquoi maintenant alors que je ne posais qu’une simple question anodine sur le pourquoi de la présence de Papa ici ? Bien évidemment, celui-ci n’étant pas quelqu’un qui faisait durer les choses, il éclaira bien vite mes interrogations…

« Avant de t'expliquer ce que je fais ici... Je devrais te parler un peu de mon enfance. Tu as certainement dû en entendre des bruits, par ci par là... Et je pense qu'il est temps d'arrêter les mystères. »

Un air légèrement choqué sur le visage, je me repris pourtant bien vite, effaçant immédiatement cette expression de mon visage bien que mon esprit, lui, soit toujours aussi… Perturbé par l’annonce de mon père. Après 20 ans d’existences, allait-il vraiment me parler de son passé et de son enfance ou n’était-ce qu’une vaste blague ? Non, ça n’en était pas une, Père n’était pas du genre à faire des blagues sur ce genre de choses. L’enfance de Papa avait toujours été un mystère pour moi. J’avais bien sûr entendu des rumeurs, des bruits concernant son enfance mais j’étais toujours resté dans une sorte de brouillard, refusant d’écouter les divers ragots qui seraient sûrement loin de la vérité même. J’avais souvent songé à poser la question à mon père mais chaque fois, je m’étais désisté, prenant l’excuse que, lorsqu’il serait prêt, il m’en parlerait. Et apparemment, ce jour-là était arrivé. Ne voulant pas le couper dans son élan ou quoi que ce soit d’autre, je me contentais alors de hocher la tête à son encontre, lui signalant que j’étais prêt à l’écouter, restant près de lui en cas de besoin car, raconter toutes ces choses ne serait certainement pas une partie de plaisir pour lui, j’en étais convaincu. D’un geste hésitant, je vins même poser une main sur son épaule, comme pour l’ancrer dans la réalité, avec moi.

Alors, je l’écoutais parler pendant de longues minutes, peut-être même des heures, je perdais toute notion du temps à cet instant. Je l’écoutais me raconter son enfance, les misères qu’il avait vécut, les obstacles qu’il avait dût affronter, les horreurs qu’il avait eu à voir. Tout le temps, je gardais un visage très  neutre bien qu’à l’intérieur, mon coeur ne devienne sans doutes encore plus glacé qu’Azgeda –- et croyez-moi, c’était difficile à faire. À travers les mots de Père, j’avais l’impression de vivre aussi ce qu’il avait vécut, j’avais l’impression de me retrouver devant un film, comme si les images défilaient devant mes yeux à mesure qu’il les racontait et bien sûr, je pouvais sentir la douleur, la colère et toutes ces autres émotions présentes dans la voix de mon paternel qui me brisait le coeur. J’étais un Azgeda, mais mon coeur, lui, n’était pas aussi dur que la pierre. J’avais été épargné toute ma vie par Papa et savoir qu’il avait vécut tout cela, des choses que jamais je n’aurais ne serait-ce qu’osé imaginer dans mon esprit me faisait frissonner.

Une fois son récit finit, je restais de longues minutes silencieux tandis que lui, posait son regard sur moi. Je n’avais pas les mots, ils étaient comme bloqués dans ma gorge, peut-être s’en rendait-il compte. J’aurais aimé m’excuser, mais cela n’aurait servit à rien. Je n’avais pas été un de ses bourreaux, je n’étais pas son frère. Que pouvais-je alors dire ? Ma main toujours sur l’épaule de Père, je la lui pressais avant de lui donner une légère étreinte. J’avais beau avoir 20 ans, je me sentais maintenant comme si j’en avais 10. Je finis pourtant par hocher la tête, signifiant à mon paternel que j’avais bel et bien compris et assimilé tout ce qu’il venait de m’apprendre et, finalement, je finis par prononcer quelques mots, décidant d’être honnête, même si cela devait mettre Père en colère.

« Je t’avoue que ces révélations m’atteignent plus que je ne le voudrais. Je suis peiné que tu ai dut vivre tout cela, et encore plus si jeune.  — Je m’interrompis une seconde avant de reprendre d’un ton à la fois doux et honnête. –- C’est toi la personne la plus courageuse que je n’ai jamais rencontré, Papa. La moitié des hommes d’Azgeda n’auraient pas eu ta force, j’en suis convaincu. »

Je me sentais stupide en disant tout cela mais les mots étaient sortis tout seuls de ma bouche. Mais d’un autre côté, je ressentais une sorte d’admiration folle pour mon Père. Plus encore, bien que jamais je n’aurais voulu vivre ce qu’il avait vécu, je ressentais l’envie et le besoin d’être comme lui. Dur comme la pierre, impénétrable, puissant, fort, et surtout courageux, lui qui semblait ne jamais faiblir ou alors si peu. Fronçant légèrement les sourcils, je repris la parole, encore une fois sans avoir réfléchis au préalable.

« Puis-je te poser une question ? –- sachant que, normalement, Père ne refuserait pas, je poursuivis. –- Qu’est-il arrivé des Camelotions ? Est-ce qu’ils ont périt dans le feu ? »

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Orion
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MessageSujet: Re: [08/04/2842] Just you and me against the world - Rigel Dim 23 Juil - 19:42

Parler de son enfance était une épreuve pour Orion, mais avoir la main de son fils sur son épaule, c'était un soutien qu'il n'aurait jamais refusé, même si en temps normal, avec un inconnu, ou du moins quelqu'un n'ayant pas cette importance, ça aurait fini avec un type les quatre fers en l'air. Mais c'était son fils, et il avait besoin de sentir cette présence. Et parler, au final, soulageait. D'autant que la réaction de son fils lui plaisait. Il aimait savoir qu'il était le plus fort aux yeux de son enfant, c'était comme une consécration, une preuve d'amour filial qu'il adorait. Alors quand il souligna que la moitié des hommes d'Azgedakru n'auraient pas eu sa force, il eut un sourire fier, gonflant presque le torse. Bien évidemment.

Il secoua les cheveux de son fils, pour lui montrer qu'il était content, écoutant alors la suite, qui était surtout une question, concernant les camelotiens. Ceux qui avaient fait de sa vie un enfer, qu'étaient-ils devenus ? Bonne question. Il n'en savait pas grand chose, à vrai dire il était surtout concentré sur sa propre survie, et n'avait jamais revu quiconque dans les années qui avaient suivi, quand bien même  Mais pour répondre à cette question, il essaya tout de même de faire un effort, pour se souvenir du moment de l'incendie, du moment où il était sorti en catastrophe, hurlant de douleur face aux langues de feu qui l'avaient touché. Il se souvenait vaguement avoir vu des personnes sortir aussi, mais qui étaient-ce ? Il ne s'était jamais réellement posé la question. En fermant les yeux, il pouvait presque distinguer les silouhettes du coin de l'oeil. Qui voyait-il ? Aucune idée... Il avait longtemps songé à contacter un Ntha pour l'aider à y voir plus clair, ayant besoin d'aide. Mais il n'en avait jamais eu l'occasion, vraiment. Et puis, il avait trouvé un moyen de se... défouler.

"Je n'ai pas la moindre idée de ce qu'ils sont devenus. J'ai le souvenir d'avoir vu quelqu'un s'en aller, mais qui ? Aucune idée. Mais parfois... Je vois en Véronica le camelotien de mort qui m'a enlevé. Dans ses traits, ses mimiques, comme si c'était son père... Le sang parle. Tout comme tu as en toi un peu de moi. Ces yeux qui sont les miens, ces cheveux aussi. Et parfois même quand tu ris certains pensent que c'est moi."


Il eut un sourire fier, un peu entaché par la pensée que son fils n'avait pas été dégouté de son père, de sa façon d'agir avec son esclave. Après tout, Orion déversait toute la haine qu'il ressentait en cette femme, l'abusant, la tuant à la tâche et la traitant comme la merde qu'elle était. Et parfois en la soignant, lui apprenant les rudiments de l'art des fisa. Il ne savait d'où venait cette violence, enfin, si il  savait, mais il ne se controlait pas. Et il était surpris de ne pas avoir encore vu son enfant se lever contre lui. Lui disant qu'il allait trop loin. Car parfois, c'était ce qu'il pensait, qu'il allait trop loin. Mais c'était tellement bon ! Comme une thérapie lui permettant d'évacuer ce trop plein de haine.

Mais ce n'était pas de cela qu'il voulait parler. C'était de pourquoi il était ici, alors il reprit la parole :

"Arrêtons de parler d'eux, pour le moment. Ce n'est pas important. Ce qui est important en revanche, c'est une chose dont peut être tu te doutes mais dont tu n'as pas eu les tenants et les aboutissants. Comme... Cette tombe."

Il se tourna vers cette terre plate, que rien ne distinguait par rapport aux autres, à part ce buisson désormais un peu défraichi. On pourrait se demander pourquoi Orion parlait d'une tombe ici mais pourtant il n'était pas fou, du moins pas totalement. Il baissa la tête, se pencha, pour baiser le sol, puis se redressa, pour lever les yeux au ciel. Il était étranglé par l'émotion.

"Telep..."
Il fit une pause, sa voix s'étant cassée, puis racla sa gorge pour reprendre : "Telep, mon meilleur ami, à cette époque, n'a pas vécu longtemps, n'a pas eu le temps de parcourir cette terre, et de grandir. Tout comme mon enfant qui se trouve là."

C'était abrupt, mais il devait faire sortir ça de lui. Prononcer ce prénom était une épreuve, surtout depuis qu'Akaia et lui avaient donné ce prénom. C'était leur lien, un enfant mort avec le prénom d'un autre enfant mort, et il faisait tout juste son deuil. Ou plutôt, il songeait à le commencer, car ces sept dernières années n'avaient été que pensées pour lui, quelques larmes orphelines lâchées. C'était là la sensibilité d'Orion, qui avait cette façade, cette apparence, ces actes de brutes sanguinaires, qui en était une, quelque part, mais qui gardait cette capacité d'amour en lui. Un amour paternel, fraternel, notamment.

"Il y a sept cycles, Alkaia est arrivée en pleine nuit, le sang entre les jambes. Elle venait de faire une fausse couche, et je l'ai aidée à expulser cet enfant qui n'avait pas tenu. C'était mon enfant. Peut-être t'en souviens-tu, de cette soirée... Tu étais venu voir ce qu'il s'était passé, mais nous t'avions repoussé. Car nous ne voulions pas que tu voies ça."


Il renifla légèrement, passant la main sur cette terre plate qui cachait ce foetus dissimulé dans une couverture. Comment était-il maintenant ? Ca rendait Orion fou que d'imaginer qu'une partie de lui était désormais disparu, sans doute même n'existait-il plus, si jamais il avait eu le temps un jour d'exister. Cessont-on réellement d'exister, ou avons-nous une véritable vie après avoir quitté l'enveloppe charnelle ? C'étaient là des angoisses qu'il avait en permanence, se demandant si l'Enfer n'était finalement pas tout simplement l'annihilation de l'existance...

"J'ai perdu un fils. Tu es toujours là, heureusement."
Il serra son fils dans ses bras, lui communiquant tout l'amour qu'il avait pour lui dans ce geste. "Mais il est un autre enfant sorti des entrailles d'Alkaia qui est un de mes plus grands regrets. Et il est là, et je viens le voir, car même si je n'ai pas pu le tenir dans mes bras comme je l'ai fait avec toi, il me manque."
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[08/04/2842] Just you and me against the world - Rigel

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